Homélie de Mgr Jacques Benoit-Gonnin, intervention de Jean Vanier et du père Philippe Kearney à l’occasion des obsèques du père Serge Maroun

Écoutez l’homélie de Mgr Jacques Benoit-Gonnin à l’occasion des obsèques du père Serge Maroun célébrées le 27 janvier 2017 en l’église Saint-Paul des Sablons et l’intervention de Jean Vanier, fondateur des communautés de l’Arche

Homélie de Mgr Jacques Benoit-Gonnin

Chers frères et Sœurs,

Chers amis,

Voilà déjà une semaine, il nous a quittés et nous avons encore peine à réaliser. Nous voici très nombreux (ici, en cette église St-Paul et à la Victoire) autour de sa dépouille, pour célébrer pour lui, cette messe qu’il a tant célébrée avec et pour tant de personnes depuis 16 ans qu’il a été ordonné prêtre.

A vue humaine, nous ne comprenons pas bien. Avec les relations que nous avons eues avec lui, nous pensons à ce que nous recevions de lui, à ce que nous vivions avec lui, à ce que nous avions entrepris avec lui, à ce qu’il nous aidait à vivre et à comprendre dans nos vies… et nous pensions pouvoir continuer à le vivre… Nous pensons aussi au vide et aux manques multiformes que son absence visible va provoquer …

Peut-être certains d’entre nous (je pense particulièrement aux jeunes) sont-ils tentés par de la révolte… ce n’est pas juste qu’il soit parti… Pas lui !… Et ces sentiments sont compréhensibles, ils ont quelque chose de juste et de légitime !

MAIS, ATTENTION, repensons au P. Serge ! Nous ne savons peut-être pas encore comment gérer notre peine ; nous ne savons peut-être pas encore bien ce que nous allons en faire… mais si nous voulons nous révolter contre le Seigneur, le P. Serge ne prendra pas notre partie ; il ne nous donnera pas raison, et ne viendra pas soutenir nos reproches… ! Si nous aimons le P. Serge, nous ne pouvons pas nous révolter contre Celui à qui le P Serge avait consacré sa vie, dont il voulait témoigner par toute sa vie et qu’il désirait tant nous faire découvrir, aimer et servir, spécialement dans les plus fragiles. Si nous nous révoltions contre le Seigneur, nous risquerions de perdre l’amitié du P. Serge qui a fait choix du Christ !

Alors, que faire ? Il nous reste, à essayer d’imiter Jésus … Comme Lui en sa Passion, mettons toute notre énergie à croire que l’amour

conduit toutes choses, même les plus douloureuses, comme cette croix sur laquelle Jésus a accepté d’être cloué, attendant de son Père que la force et la fécondité de l’amour soient manifestées …

Grâce à sa famille, par sa jeunesse libanaise marquée par la guerre, par sa personnalité simple, « blagueuse », attentive et bienveillante, dans ses ministères toujours habités de Jésus et de son évangile, le P. Serge nous montrait quelqu’un et espérait nous faire rencontrer quelqu’un. Aussi attachant qu’il était, il se gardait bien d’attacher quiconque à lui, même s’il n’était pas insensible aux marques d’estime et d’amitié qu’il savait lui-même prodiguer. Dans son cœur de prêtre, c’est de Jésus qu’il souhaitait nous rapprocher, et c’est à Jésus qu’il souhaitait nous attacher.

Ces 2 passages de l’Ecriture que nous avons entendus nous rappellent bien ce qui a habité la vie et le ministère du P. Serge. Ils nous disent aussi l’œuvre que la Parole de Dieu a commencé à accomplir en lui. Elle peut le faire en tout cœur qui s’ouvre à elle. La vie du P. Serge « incarnait » déjà (même si c’était encore imparfaitement) cet hymne à la charité et ces Béatitudes. L’amour rassemble, l’amour respecte, l’amour se met au service, l’amour sait rire et souffrir avec ceux qui rient et ceux qui souffrent. L’amour sait chercher, trouver et amener au jour des trésors enfouis…

Aujourd’hui, à travers son témoignage, même s’il n’est plus à nos côtés de la même manière, le P. Serge nous invite encore à avancer sur cette route qu’il a suivie, où Jésus, Visage de l’amour du Père des Cieux, nous invite à avancer.

Ceci étant, nous voudrions adresser au Seigneur quelques demandes pour « occuper » le P. Serge, sans trop tarder, en notre faveur :

* Que le P. Serge prie pour nous ! Mais plus précisément :

* Qu’il soutienne ses amis de l’Arche et de Foi et Lumière dont il a tant reçu, et qui tenaient une si grande place dans sa vie et son ministère ;

* Qu’il nous aide à demeurer proches et attentifs de toutes les personnes éprouvées et fragiles qui nous entourent (Fratello ; familles irakiennes …)

* Qu’il soutienne les enfants et les jeunes dans leur croissance humaine et chrétienne qui lui tenaient tant à cœur ;

* Qu’il travaille à susciter des vocations notamment sacerdotales. Que le P. Serge « soutienne notre dossier » devant le Maître de la Moisson !

* Qu’il travaille à consolider l’unité et la vitalité de cette paroisse dont il venait de recevoir la charge et où il se disait heureux. Avec le P. Emmanuel GOSSET qui le remplacera provisoirement, en lien avec le P. Antoine FERNET qui assurera l’intérim comme Responsable de Secteur Missionnaire. Que des disciples missionnaires plus nombreux encore se lèvent pour poursuivre la mission d’annonce de l’évangile, qui ne peut se passer des prêtres, mais qui ne peut reposer sur leurs seules épaules.

* Qu’il aide le Conseil épiscopal à poursuivre sa mission au service de tout le diocèse, dans la dynamique missionnaire engagée.

* Qu’il aide ses frères prêtres à évaluer, dans les multiples tâches où ils sont attendus, celles qui sont prioritaires aujourd’hui et celles qui ne le sont pas.

Bref, au-delà de notre tristesse, que le Seigneur à qui nous choisissons de faire confiance ; que nous voulons continuer à aimer, et que nous voulons remercier de nous avoir donné le P. Serge ; que le Seigneur donne une grande fécondité au sacrifice qu’il nous demande aujourd’hui de lui offrir.     AMEN.

Mgr Jacques Benoit-Gonnin
évêque de Beauvais, Noyon et Senlis

Texte du père Philippe Kearney, lu en introduction de la messe des obsèques du père Serge Maroun

                    PERE SERGE MAROUN

Le Père Serge Maroun est né à Beyrouth au Liban le 27 novembre 1968. D’une famille très unie de 4 enfants dont deux garçons et deux filles. Serge aimait dire « Je suis né pour vivre avec les pauvres ». Jeune adulte il découvre au Liban les communautés « Foi et Lumière » dont il est membre actif avant de décider de venir à l’Arche en France suite à des rencontres avec des membres de l’Arche dont Jean Vanier.

C’est ainsi qu’il arrive en France en 1989 dans l’Oise à Trosly. Il vivra comme assistant au foyer à Cuise la Motte puis à Attichy comme responsable de foyer, ville où il est très en lien avec la paroisse et les voisins. Une de ses premières voitures sera un cadeau d’un paroissien, Serge a déjà beaucoup d’amis ! Ensuite il vivra en foyer à Pierrefonds. Au total une dizaine d’années où son rève de « vivre avec les pauvres » se réalise.

Il est ordonné prêtre à la cathédrale de Beauvais le 1er juillet 2001,ceux qui ont participé se souviendront du psaume chanté en arabe qui a résonné sous les hautes voûtes. Serge sera vicaire stagiaire de la paroisse de Beauvais Nord. Il assurera en même temps la coordination  pastorale de la paroisse de Beauvais Sud sans curé à ce moment là. Il est prêtre accompagnateur en Action  Catholique des enfants.

Arrivé à Compiègne en 2002 il est vicaire de la paroisse de Compiègne Sud et membre et aumônier de l’Arche « Le Levain ». Il accompagnera l’Aumônerie de l’Enseignement Public et en deviendra en 2005 l’aumônier diocésain. En 2006 il est nommé Curé de la paroisse « La Plaine d’Estrées », il restera dix ans à Estrées Saint Denis et assurera avec son sens aigu de la diplomatie et de la médiation un passage délicat dans la vie de la paroisse avec le départ d’une  communauté religieuse . Pendant  ce temps il est prêtre accompagnateur du Lycée Saint Joseph de Cluny d’Estrées comme il sera aumônier de plusieurs établissements scolaires et de groupes de scouts. En 2009 il devient doyen du Compiègnois et en 2012 membre du conseil  épiscopal.

2012 est aussi l’année de sa nomination comme curé  de Crépy en Valois et comme doyen du Valois. Une solide complicité le liera aux personnes accueillies au sein de l’association Lazare, installée au sein de la paroisse, qui aboutira à sa présence au milieu de ces gens de la rue au rassemblement « Fratello » auprès du Pape François à Rome en novembre dernier.

Les années qui suivent se signalent chacune par une nouvelle responsabilité. En 2013 la Formation au ministère  presbytéral, responsable des séminaristes. Serge est un prêtre très apprécié des séminaristes et qui fait l’unanimité parmi les prêtres du diocèse. En 2014 il fait parti du collège des consulteurs. 2015 le voit confié la responsabilité du service des migrants. Son implication est décisive dans l’accueil de nombreuses familles de réfugiés dont plusieurs sont ici ce matin. Enfin en 2016 Serge revient à Compiègne en tant que curé et doyen à nouveau du Compiègnois. Il est aussi nommé vicaire épiscopal de l’Est du diocèse.

Malgré ses nombreuses responsabilités Serge est resté jusqu’au bout lui-même, fidèle à ses qualités de joie de vivre et de fraternité simple et vrai. Fidèle ainsi à ses racines comme un grand cèdre du Liban. Ses branches se sont étendues très loin pour abriter une multitude d’oiseaux du ciel. Nous en sommes. Et si notre sentiment de deuil  est très vif notre gratitude, elle, est infinie.

          Père Philippe Kearney

27 janvier 2017  //  Par :   //  Diocèse  //  5 Commentaires   //   1157 Vues
5 Commentaires à “Homélie de Mgr Jacques Benoit-Gonnin, intervention de Jean Vanier et du père Philippe Kearney à l’occasion des obsèques du père Serge Maroun”
  • NDI EDIMA Sara-louise
    27 janvier 2017 - Répondre

    Bonjour,

    Serait-il possible de récupérer une version écrite de cette homélie?

    • Jenny Tille Martinez
      27 janvier 2017 - Répondre

      Le texte de l’homélie est en ligne.

  • Bernadette
    29 janvier 2017 - Répondre

    Bonjour, est-il possible d’avoir également le texte dit par Philip Kearney, ainsi que l’audio du témoignage de la sœur du Père Serge ?
    Merci

    • Jenny Tille Martinez
      29 janvier 2017 - Répondre

      Bonjour Madame,
      merci de votre message. Je viens de publier le texte du père Philip, malheureusement, je n’ai pas le témoignage de la sœur du père Serge. Si j’ai le récupère, je le publierai également. Bien cordialement.
      Jenny

  • claire du Baret
    30 janvier 2017 - Répondre

    Merci Jenny ! C’est très précieux, tout ça.
    Quelle chance nous avons d’avoir connu le père Serge !

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