L’aumônerie des établissements pénitenciers de l’Oise présentée par le P. Georges, responsable

Le père Georges de Broglie présente l’histoire et le présent de l’aumônerie des établissements pénitenciers de l’Oise

            L’aumônerie des prisons est une longue histoire dans la tradition chrétienne. Rappelons Saint Vincent de Paul, aumônier des galères, tous ces religieux qui se portaient prisonniers volontaires pour être proches des détenus, sans oublier, tous ceux qui ont été détenus à cause de leur foi : Edith Stein, Maximilien Kolbe, …et tant d’autres … sans oublier encore Saint Paul, « le prisonnier de Jésus Christ pour vous, les païens » (Eph 3,1) et même bien des apôtres (Act. 16).

            Cette histoire se poursuit aujourd’hui. La prison a beaucoup changé : les trois prisons vétustes de l’Oise ont été remplacées par deux centres pénitentiaires modernes, d’immenses bâtiments en béton où vivent un peu plus de 600 détenus et 300 surveillants et personnels administratifs. La prison, c’est à la fois une peine de privation de liberté et un travail de réinsertion, objet de l’activité des SPIP (Service Pénitentiaire d’Insertion et de Probation).

            L’aumônerie catholique aussi a beaucoup changé. Comme partout, « l’équipe d’aumônerie » a succédé à « l’aumônier » avec une mission officielle de permettre aux détenus de pratiquer leur « culte ». Il arrive que l’on confonde l’aumônerie avec les Visiteurs de prison, voire avec le Secours Catholique.

            « Les équipes d’aumônerie de prison sont envoyées par l’Eglise auprès des personnes privées de liberté, portant le poids de leurs actes et souffrant des conditions d’incarcération …c’est ensemble que nous sommes chercheurs de Dieu qui nous précède en chacune de nos rencontres. Il nous invite à reconnaître en toute personne détenues, à commencer par les plus oubliées, sa dignité d’enfant de Dieu et à croire en un avenir pour chacun » (Orientations nationales)

            Les activités de l’aumônerie sont diverses : visites des détenus dans les cellules, groupes de partage autour de la Bible et de leur vie, célébrations eucharistiques (ou non …)

            La présence des aumôneries (catholique, protestante, musulmane et même depuis quelques temps Jéhovah) est bien perçue et même attendue par les détenus.

« Alors ! Quand est-ce que tu viens nous voir ? »

Dans la solitude, la lassitude, parfois le désespoir, une visite de l’extérieur fait du bien, oxygène … A qui confier le poids de la culpabilité, de la souffrance … sans être jugé ?

            Parfois nous entendons cette réflexion : »Quel courage vous avez d’aller dans ce lieu terrible ! » La réalité est autre : souvent les détenus nous proposent une tasse de café ou un morceau de gâteau de leur confection … Bien sûr le béton est gris partout (même si tel couloir de détention a été décoré avec une fresque de paysages exotiques), il y a les barreaux, les barbelés, les violences entre détenus, l’attente indéfinie du jugment, des permissions, …

La présence de l’aumônerie reste un signe de paix, de réconfort

            Je repense à Johny, quarante-cinq ans, il fait partie des « gens du voyage », élevé dans la rue dès l’âge de 5ans, dans une logique de survie et incarcéré après de multiples cambriolages. Johny, tatoué du bout des pieds au sommet du crâne d’un gros tatouage épais, ne sait ni lire ni écrire. Les murs de sa cellules sont tapissés des photos de ses deux petites filles – 8 et 10 ans – qui sourient à la vie.

« Regarde Johny – je lui dis – les beaux enfants que tu as faits. Tu es un gars bien … tu ne peux pas rester à moisir ici au fond de ce trou ! »

Et Johny d’expliquer qu’on ne lui a jamais donné sa chance et que même, entre gens du voyage, la solidarité n’est pas toujours au rendez-vous.

J’insiste : « Tu n’as pas essayé de faire les marchés ? »   – « Si … mais je n’ai pas le permis de conduire » dit Johny. « J’ai essayé de passer le code à la prison mais je ne l’ai pas réussi ».

Je réagis : « Alors là, Johny, t’es un âne. Tu me l’aurais dit, je t’aurais donné la médaille de Notre-Dame de Lourdes et je suis sûr que tu l’aurais eu ton permis en serrant très fort la médaille dans ta main. La prochaine fois tu me fais signe. »

La Mère de Dieu me pardonnera-t-elle de l’avoir mise au pied du mur ? Mais c’est pour un des ses enfants perdus !

            Autre détenu, Stéphane, balloté de famille recomposée en famille recomposée. Un de ses « beaux-pères » l’a pris en grippe et lui a fait subir sévices sur sévices. Grâce à l’armée, il a réussi à échapper à ce milieu délétère et Stéphane qui ne manque pas de tempérament a réussi à s’en sortir. Il se marie et devient père d’une petite fille. Hélas, l’alcool vient rompre ce bel équilibre un peu fragile et des violences conjugales le mènent en prison.

L’aumônerie va l’aider petit à petit à reprendre pied. Et voilà qu’un jour avant la messe, il va nous dire que, pour un temps, il ne viendra plus à l’aumônerie. Pourquoi ? Il ne comprend pas pourquoi Dieu s’acharne contre lui. Il vient de recevoir de mauvaises nouvelles de sa fille. Son enfance misérable, passe encore … mais maintenant sa fille …Comment prier et croire ce Dieu là ?

Et pour l’équipe d’aumônerie comment accueillir de telles détresses ? Stéphane est revenu à l’aumônerie et ensemble nous invoquons la miséricorde de Dieu pour nous tous.

            On pourrait parler sans fin de ces histoires de souffrances et de misères sans oublier l’ordinaire des dealers et autres crimes de mœurs.

Alors, à quoi ressemble la « miséricorde » dans un tel contexte ?

Certainement de rappeler que nous ne sommes pas condamnés au mal. Malgré toutes les dérives, nous ne cessons pas d’êtres les enfants de Dieu, les enfants bien-aimés du Père. Lorsque le « credo » nous dit que « Jésus est descendu aux enfers » nous comprenons qu’il n’y a pas de lieu aussi bas, « infernum », où l’on ne puisse rencontrer Jésus Christ qui dit « Lève-toi et marche », « ressuscité ».

Et pour nous, membres de l’aumônerie, nous mesurons que la miséricorde est aussi pour nous. Que serions-nous devenus dans telle circonstance ? Et si la vie nous a bien placés, quel mérite avons-nous ? La justice humaine fait son travail, indispensable, mais ce n’est qu’une première étape qui peut nous ouvrir aussi à la « justice de Dieu » ou encore à la « sagesse de Dieu ».

            Comment devenir membre d’une équipe d’aumônerie ?

On peut ressentir un appel à rejoindre une telle équipe. Au départ, et c’est un bon signe, cela peut faire un peu peur ; c’est entrer dans un monde difficile.

La première démarche est de venir voir sans engagement. Pour la suite, il faut vérifier plusieurs critères.

D’abord, avoir bien les pieds sur terre : il y a des détenus pervers ou psychiquement malades qui affabulent … La prison reste toujours un monde dur qui appelle la prise de distance. Il ne faut pas que la misère rencontrée nous déstabilise de trop.

Par ailleurs, cela nécessite une vie spirituelle, une foi au Christ solides, nourries par la prière et la réflexion. Les chemins de la foi sont souvent longs, compliqués et demandent patience et discernement. Une longue fréquentation des évangiles peut y aider.

Il faut aussi avoir conscience que l’on entre dans une équipe. L’aumônier charismatique, isolé, au langage fleuri a vécu. Notre témoignage et notre engagement se vivent au sein d’une équipe avec humilité et avec joie. L’équipe nous permet aussi de partager le poids de toute cette misère qui pourrait nous submerger. Dans les rencontres d’équipe nous revenons souvent sur nos rencontres avec les détenus, sur nos découvertes et nos questions. Cette mission que l’Eglise, par l’appel de notre évêque, nous confie, ne nous appartient pas, nous la partageons dans l’équipe et bien au-delà.

Enfin, la formation n’est pas un accessoire facultatif. L’aumônerie nationale propose deux sessions de 48 heures, à Paris, à un an d’intervalle pour donner les bases : à quoi sert la prison ? Qu’est-ce que la peine ? la place des aumôneries … Véronique Margron nous aide dans la réflexion théologique.

Il y a des rencontres régionale (une par an) et locales, plus une revue qui donne à penser. L’administration pénitentiaire propose aussi des formations pour cet univers complexe qu’est la prison. Elle prend très au sérieux les aumôneries.

Toutes ces formations ne sont pas facultatives ; elles concernent aussi bien les nouveaux que les anciens aumôniers. Cette rigueur nous aide dans le respect que nous devons aux détenus, aux surveillants et à l’administration pénitentiaire.

Cette dernière, avec des moyens limités, est beaucoup plus humaine qu’on ne le dit habituellement.

Pour terminer, j’évoque ce souvenir d’un jour de Noël où notre évêque, Monseigneur Benoit-Gonnin, était venu célébrer la messe au centre pénitentiaire de Liancourt. En le raccompagnant à sa voiture, je me suis permis cette parole : « Nous avons été heureux, Père, de partager avec vous cette grâce de célébrer ici, comme nous le faisons habituellement, ce mystère de Noël, Dieu qui vient parmi nous »

Père Georges de Broglie

17 novembre 2016  //  Par :   //  Jubilé de la miséricorde  //  Pas de commentaire   //   465 Vues

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