Travailler la terre : un chemin pour trouver Dieu

Alexandre, Olivier et Charlotte ont choisi de faire du travail de la terre leur métier. Réflexions croisées d’un arboriculteur et d’un couple d’agriculteurs du Valois, qui ont décidé de faire confiance à Dieu coûte que coûte et de respecter la terre…

Ils parlent de leur foi et de leur métier avec la même ardeur, et démontrent que « tout est lié », ainsi que l’a explicité longuement le pape François dans sa der-nière encyclique Laudato Si. Tous trois partent du préambule que la terre est un don de Dieu confié aux hommes, lesquels ont pour mis- sion de la faire fructifier et de la respecter. « Ma foi me fait prendre conscience de ma co-responsabilité dans le devenir de la création » confie Charlotte. « Dans la Genèse, l’injonction divine de soumettre la terre et de la dominer nous donne une responsabilité essentielle. C’est un capital que nous devons à la fois préserver et rentabiliser, tout en trouvant le moyen d’en vivre dignement », précise Olivier, son mari.

Respecter la terre, don de Dieu

Ce constat d’une terre « reçue » comme un don a des consé- quences au quotidien. Alexandre, jeune père de famille, est producteur de pommes à Nanteuil-le-Haudouin. Il a développé une « agriculture raisonnée », sorte de troisième voie entre le bio et l’agriculture conventionnelle.

«Nous n’avons que des variétés de terroir adaptées à nos sols», explique-t-il. « Nous pourrions avoir des variétés plus consommatrices de produits phytosanitaires, mais c’est un choix que nous ne voulons pas faire, même si certaines années nous gagnons moins d’argent en ratant des opportunités ».

« Le métier d’agriculteur impose l’humilité »

Et de préciser qu’on pourrait « demander dix fois plus à la terre, mais en usant les sols, en mettant plus d’engrais, d’apports. Ce n’est pas la respecter, ni respecter l’environnement ». Tout est mis en place pour rechercher des solutions naturelles, respectueuses tant de la terre que du consommateur, dont l’attente en la matière est de plus en plus forte. « Autre exemple, nous nous enga- geons à ne faire aucun traitement chimique après récolte, même si nous perdons de ce fait 2 à 3% de ce qu’il y a dans les chambres. » Voilà qui pourrait rejoindre le thème de la « décroissance » cher au pape François.

Confiance et humilité

Même prise de conscience chez Charlotte : « Nous sommes en partie responsables de la ressource en eau, de la pollution des nappes, du respect de la biodiversité, de l’érosion. Mais c’est une coresponsabilité avec l’industrie et les urbains… Il y a un équilibre à trouver entre la nécessité de vivre de son métier et la sauvegarde la maison commune ». Conflit d’intérêt ? Cet équilibre à mettre en place, sans cesse en mouvement, est un véritable défi, qui engage dans un vrai pro- cessus de conversion, comme le développe Laudato Si. Par ailleurs, le travail de la terre est aussi un appel à la confiance. Voilà bien le maître-mot qui revient sans cesse : « Le métier d’agriculture impose l’humilité, car il est fou de faire ce geste de semer et d’en confier la suite à ce que seront les conditions climatiques durant plusieurs mois. L’acte initial de production (semis, plantation) est un saut dans l’inconnu. Sans la confiance en Dieu, je ne pourrais pas continuer », avoue Olivier. De son côté, Charlotte raconte qu’elle confie chaque jour au Seigneur ses préoccupations et demande l’intercession des anciens de sa famille : « Pendant des siècles, ils ont travaillé cette terre que je travaille encore à mon tour, la communion des saints est très présente pour moi ».

Raphaëlle Villemain

17 juin 2016  //  Par :   //  Travailler la terre : un chemin pour trouver Dieu  //  Pas de commentaire   //   733 Vues

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